Témoignages auprès des jeunes du Lycée Simone Weil au Puy-en-Velay

Après une relance de La LOCO et Geneviève, le 9 septembre 2024, Madame La Proviseur du Lycée Simone Weil du Puy-en-Velay répondait que Madame Rachel T., professeur de lettres était intéressée pour un échange entre demandeurs d’Asile et ses élèves de seconde.

Cette dernière précise qu’elle travaillera avec ses élèves sur un livre de Laurent GAUDÉ, Eldorado, au mois d’avril et qu’elle aimerait que cette rencontre ait lieu à ce moment-là.

Voici un résumé du livre étudié :

« El Dorado » raconte l’histoire de deux hommes, Soleiman et Piracci, dont les chemins se croisent dans le contexte de la crise des migrants en Méditerranée. Soleiman, un jeune Africain, décide de quitter sa terre natale déchirée par la guerre et la pauvreté pour chercher une vie meilleure en Europe. Son voyage est éprouvant, marqué par des rencontres terrifiantes avec des passeurs sans scrupules, des conditions météorologiques hostiles en mer et des périodes d’attente anxieuse dans des camps de réfugiés.

De l’autre côté de l’histoire se trouve Piracci, un officier de la marine italienne chargé de patrouiller les eaux méditerranéennes pour intercepter les bateaux de migrants. Piracci est un homme complexe, rongé par ses propres démons et en quête de rédemption. Lorsqu’il découvre Soleiman à bord d’un navire de migrants, il est confronté à un dilemme moral déchirant. Doit-il renvoyer Soleiman dans son pays d’origine, où il risque la mort ? Ou lui accorder l’asile en Italie malgré les règles strictes et les pressions politiques ?

Les deux hommes se retrouvent pris dans un conflit entre leur humanité et les systèmes politiques et bureaucratiques qui les entourent. Alors que Soleiman lutte pour survivre et réaliser son rêve d’une vie meilleure, Piracci est confronté à des questions profondes sur la justice, la compassion et la signification de son rôle en tant qu’officier de la marine. Leur rencontre met en évidence les enjeux complexes de la migration forcée. Laissant transparaître la tension entre la nécessité de protéger les frontières et la responsabilité de protéger la vie humaine.

La LOCO a donc répondu positivement à la demande, puisque cela rejoint plusieurs de ses missions :
Soutenir la rencontre des habitants du CADA de Saint-Beauzire avec d’autres du territoire répond à ce premier objectif. Mais en plus, les bénévoles de la LOCO sont témoins des fruits de cette rencontre : un autre regard pour les jeunes sur les personnes qui ont été obligées de fuir leur pays. Ainsi la LOCO participe à la transformation des mentalités. 

Mais le contexte politique en France et en Europe vient quelque peu perturber les engagements du mois de septembre. En effet, le préfet de la Haute-Loire a décidé la fermeture du CADA de Saint-Beauzire (Réunion publique "NON à la fermeture du CADA" du 13 mars | La Loco) et le contexte politique en Europe n’est pas plus encourageant (Conférence de Maurice Zylberberg | La Loco)

Nous avons tout de même pu répondre à la demande en interpelant plusieurs des réfugiés qui résident au Puy en Velay et quelques résidents du CADA qui ont été envoyés sur d’autres structures d’accueil.

Le lundi 31 mars 2025 à 15h avec les élèves de secondes H 

Quelques jours avant, un des bénévoles de La LOCO a rencontré quelques-uns des réfugiés sur le Puy-en-Velay. Il leur a demandé s’ils accepteraient de venir témoigner auprès des élèves du Lycée. Dans un premier temps, ils étaient inquiets en raison de leur difficulté de la maitrise de la langue française. Le bénévole les rassure en leur disant qu’ils parlent bien et que les jeunes les comprendraient.

Une autre bénévole les a rejoints au Lycée. Mireille accompagné de F. du CADA de Saint-Beauzire. Ils ont profité de cette opportunité pour visiter la ville du Puy en amont.

C’est donc à 5 qu’ils se présentent devant les élèves de seconde H. 

« Le témoignage de réfugiés devant une classe de lycéen.e.s c’était pour moi une découverte.  Il m'a semblé que beaucoup d'entre eux n'avaient pas idée de ce que les migrants peuvent traverser, et ce souvent pendant des années, ni de la violence des épreuves par lesquelles ils passent avant d'avoir au mieux le statut de réfugié. Derrière moi j'ai senti l'effroi d'une élève au récit de ces réalités. Ces rencontres sont précieuses car elles mettent à mal les à-priori qui peuvent être véhiculés par une certaine presse, certains politiques, la famille ou l'entourage.
Ce voyage au Puy avec F. qui venait de St-Beauzire a été aussi l'occasion de lui faire découvrir la ville du Puy, sa cathédrale et même le rocher d'Aiguilhe. »
Mireille

Z. était content d’être venu à la rencontre des élèves pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord parce qu’il a pu se rendre compte des conditions dans lesquelles les jeunes étudient. Filles et garçons sont dans une même classe et les locaux sont agréables.
  • Ensuite parce que cet échange avec ces jeunes était une nouvelle expérience pour lui. “Dans cet échange, j’ai pu leur parler des difficultés pour lesquelles j’ai dû quitter mon pays. Les talibans voulaient que je m’engage avec eux. Chez moi nous ne sommes pas libres. Ici, en France c’est mieux. Les femmes, les hommes et les enfants ont les mêmes droits. En France nous sommes libres.”
Le mercredi 2 avril avec les élèves de secondes G

C’est de bonne heure et de bonne humeur que l’équipe de La LOCO est allée à la rencontre des élèves. L’équipe était composée cette fois-ci d’un bénévole et de deux réfugiés qui habitent le Puy-en-Velay, M. et A.

C’est à 8h30 que Rachel T., la professeure de français et ses élèves nous attendaient. Après la présentation de La LOCO et ses missions, le bénévole a laissé la parole à M. et à A. Ils ont présenté les raisons de leurs départs d’Afghanistan et les conditions de leurs parcours. Les pays traversés et l’attitude des habitants envers les "migrants" : l’accueil pour les uns, le rejet par d’autres…

L’heure est passée et la sonnerie a mis fin à ces témoignages. La professeure a proposé que l’équipe de La LOCO vienne avec elle pour boire un café dans la salle des professeurs. Des élèves sont venus auprès de M. et A. pour les remercier et leur dire : « Vous êtes courageux ! ». Cela a touché les deux témoins du jour.

Dans la salle des professeurs, une autre professeure est venue demander si l’équipe pourrait revenir en fin d’année scolaire intervenir auprès de ses classes. Pas de problème.

« Franchement, c’était très sympa de raconter en français mon histoire à ces jeunes étudiants. Ça m’aide beaucoup de partager avec d’autres ce que j’ai vécu et les raisons pour lesquelles je suis en France aujourd’hui.  Je pense que c’est important aussi pour les jeunes. Important qu’ils comprennent pourquoi on est là. Cela peut diminuer la distance qu’il y a entre nous, les migrants et les Français. Je pense que notre histoire peut un peu changer leur vision sur nous ‘les migrants’. Notre histoire, c’est notre vie, et elle est différente de ce qu’ils lisent dans le journal ou écoutent à la télévision. » M.
« En venant témoigner auprès des jeunes du Lycée, j’ai compris qu’à travers mon témoignage, je leur ai partagé mon vécu et que cela n’a rien à voir avec ce que certaines personnes disent de nous à la télévision.
De plus, aujourd’hui, en ayant obtenu l’asile je suis libre en France. Mon frère qui a été obligé de fuir, comme moi, a été arrêté en Iran. Les Iraniens l’ont renvoyé en Afghanistan. Je suis triste de le savoir en prison. »
Le lundi 7 avril 2025 à 14h avec les élèves de secondes J

A l’origine B. devait venir avec A et M. Ces deux derniers ont quitté le CADA il y a quelques semaines, mais devaient tout de même venir avec B. Suite à l’annonce de la fermeture du CADA, celui-ci a été envoyé sur un autre CADA et avait un rendez-vous avec sa "sociale" justement ce jour-là. Nous avions un plan B. F. qui était présent la semaine précédente avait proposé de venir ce lundi. Lundi matin, il apprend par sa "sociale" que le lendemain il doit rejoindre une structure à Vichy.

Le bénévole de La LOCO recontacte un Afghan qui est réfugié et habite sur le Puy. En chemin, tous deux rencontrent un jeune également réfugié sur le Puy et qui participe aux cours de Code de la route. « Nous allons auprès d’élèves de seconde pour témoigner. Veux-tu venir avec nous ? » « Bien sûr ! ». Et finalement c’est à trois que nous allons devant les élèves.

Z., Afghan et M. de République Démocratique du Congo, ont partagé aux jeunes les raisons pour lesquelles ils ont quitté leur pays.

Le bénévole de La LOCO a conclu la rencontre en rappelant que ces témoignages ont deux missions :

  •     Rencontrer des jeunes migrants qui ont tout quitter pour garder la vie.
  •     Se laisser interroger par ces témoignages.
Lundi 7 avril 2025

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