La semaine de la Santé et de la Citoyenneté à la cité scolaire Lafayette

La Loco était invitée à participer à la semaine de la Santé et de la Citoyenneté organisée par la Cité scolaire Lafayette de Brioude du 17 au 21 mars 2025. Nous étions présents avec trois actions.

Deux séances de témoignages auprès de 4èmes

Lundi 17 mars Didier et Patrick ont accompagné E. pour faire un témoignage devant deux clases de 4e. Après une introduction faite par les bénévoles de La Loco sur la demande d’asile et la procédure en France, E. a témoigné de la situation dans son pays l’Ethiopie, prise entre le marteau et l’enclume d’un conflit ethnique entre les Oromos et les Amharas.

Mardi 18 mars, F. accompagné de deux bénévoles Patrick et Geneviève, se rendaient au collège afin de témoigner à son tour sur son parcours de demandeur d’asile.
Après l’accueil chaleureux des professeurs, des élèves, place aux présentations : celle des bénévoles, de F… des collégiens. Patrick prit ensuite la parole afin d’expliquer ce qu’est un CADA, les quelques mots clés utiles à la bonne compréhension (demandeurs d’asile, migrants, réfugiés, clandestin, OFII –OFPRA-CNDA ….), les démarches à entreprendre pour demander l’asile, les différentes situations au terme de celles-ci, selon qu’il y ait acceptation ou rejet.
L’attention est soutenue… déjà quelques questions fusent: restent-ils longtemps au CADA ? Ont-ils le droit de travailler ? Parlent-ils français ? Qui les aident dans les démarches administratives ?...Puis c’est au tour de Geneviève de présenter l’association La LOCO : son origine, son rôle qui est différent de celui du CADA. Les bénévoles s’investissant de nombreuses manières : cours de français, de code, transports, couture, cuisine, randonnées, sorties, accompagnements sur des événementiels du territoire, tandems, animations sportives auprès des jeunes, des enfants, etc.

Maintenant, le moment du témoignage est arrivé. F. prend la parole et raconte la situation dans l’est de son pays la RDC:

« Mon pays possède des mines de minerais dont l’or. Mais, il y a de nombreux conflits internes. De plus, certains pays d’Europe ou d’ailleurs convoitent cette richesse et entretiennent cette situation afin de se les approprier. Les rebelles ont envahi l’est du pays, ont tué des hommes, des femmes, des enfants ; certains ont été enrôlés de force. Si on ne le veut pas, on est menacé. Alors, que faire ? On fuit »

À la suite de ce récit, de nouvelles questions sont posées. « Depuis combien de temps n’avez-vous pas vu vos enfants ? 9 mois, je n’ai pas de nouvelles. Quel a été votre sentiment en arrivant en France ? Vous sentiez-vous libéré ou désolé d’avoir quitté vos enfants ? Oui, je me sentais libéré, libre même si je n’avais pas encore mes papiers. En France, on est libre ; ce n’est pas comme dans mon pays mais je suis désolé d’avoir laissé mes enfants là-bas, ils me manquent. J’espère pouvoir les faire venir un jour. »
Après ce témoignage, nous faisons une pause durant laquelle certains vont prendre l’air, d’autres s’entretiennent avec F. et les deux bénévoles. 

Puis c’est au tour de Geneviève d’évoquer le parcours d’un demandeur d’asile dont la demande a été rejetée. Huit ans se sont écoulés depuis son départ d’Afrique. Un bien long chemin : le Maroc, la traversée via l’Espagne, le naufrage, l’arrestation… Ensuite, l’errance au gré des cueillettes chez les producteurs pour 100 euros par mois, sous la tente été comme hiver, l’envie de regagner la France et, au bout de 18 mois, Bordeaux, Clermont-Ferrand, St-Beauzire, les démarches, les rejets, la clandestinité, les squats, les petits boulots… Puis, ayant appris qu’en Espagne les mesures de demande d’asile étaient devenues plus favorables, retour dans ce pays, l’espoir chevillé au corps. Pour cela, il suffisait de faire une formation dans un métier en tension et d’avoir un contrat d’embauche en bonne et due forme. Il a trouvé chez un marin-pêcheur. Celui-ci le faisait travailler ainsi que ses compagnons d’infortune, la nuit jusqu’à 14 heures d’affilée sans boire ni manger reportant sans cesse la signature du contrat et, comme salaire 50 euros par-ci, par-là… A nouveau, la faim, le désespoir, l’envie d’en finir… Heureusement qu’en France il avait quelques amis qui ont pu le soutenir en lui envoyant nourriture, couvertures, vêtements,  chaussures et qui l’appelaient régulièrement… Mains tendues… Enfin, presque en fin de  saison, au bout de 9 mois, le fameux contrat et… 50 euros pour les 2 derniers mois de travail. Aujourd’hui, il a enfin obtenu son titre de séjour, trouvé du travail, a un salaire, vit décemment. Son parcours a duré 8 ans !... ».

Pour terminer, Patrick apporte quelques ultimes précisions concernant la loi française sur l’immigration, la fermeture imminente du CADA de St-Beauzire.
Et c’est sous les applaudissements des collégiens, applaudissements adressés à F… pour son immense courage, que prit fin notre rencontre. Rencontre bienveillante, instructive. Merci aux élèves, à leurs professeurs pour leur accueil, l’attention qu’ils ont porté aux témoignages.

Un stand de présentation

Et pendant ce temps, Agnès et Anne-Lena tenaient un stand de présentation de La Loco dans la cours de la cité scolaire, transformée ce jour-là en forum d’associations. Bien entourée par les stands de nos amis de la Croix-Rouge, de l’Unicef, de La Tablée, du CECB, des Restos du cœur … La Loco s’est présentée aux Collégiens et Lycéens avec quelques photos de nos activités et des flyers. Un travail bien important car nous découvrions que presque tous les jeunes ont entendu parler du CADA de Saint-Beauzire, mais peu nombreux étaient ceux qui savaient qui habite derrière les murs de ce sigle. Une discussion plus approfondie n’était souvent pas possible car les attractions des autres stands avec des lunettes de réalité augmentée et des distributions de stylos ont davantage attiré les jeunes. Mais au moins, nous avons pu amorcer la conversation et reste à espérer qu'elle ait pu faire germer une petite graine.

Merci aux enseignants de la Cité scolaire pour l’organisation de cette semaine et de nous avoir donné la possibilité de semer des graines.

Lundi 24 mars 2025

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