Voici déjà plusieurs mois que Walid et Kinana ont quitté le CADA de Saint Beauzire et habitent Clermont. Ils sont reçus régulièrement par des bénévoles de La LOCO qui habitent Chamalières Des nouvelles de Clermont (par Annie et Bernard) | La Loco. Ces bénévoles partagent avec eux des moments de partages. Le dernier évènement fêté : la naissance de Shams, petite sœur de Rachid.
Depuis son arrivée en France, Walid est en lien avec une Association Le Théâtre AL-HARA. Le Théâtre Al-Hara est une initiative syrienne, non gouvernementale et à but non lucratif de la société civile, affiliée à aucun parti politique ou militaire. Cette initiative a été créée comme l'expression de la volonté de la jeunesse artistique, dédiée à la défense des droits de l'homme, en particulier des droits des enfants et des femmes, et tire ses composantes des valeurs, des principes et du patrimoine culturel et civilisationnel de la société syrienne, à travers la mise en œuvre d'une gamme large et diversifiée d'activités et de projets, dans le cadre de la promotion des valeurs et de la culture des droits de l'homme, en particulier dans les communautés de réfugiés et de personnes déplacées.

Participer de manière efficace et efficiente à la série de solidarité internationale pour relever les défis humanitaires et de développement les plus importants auxquels les populations sont confrontées pendant les conflits et les guerres, car au premier rang de ces défis se trouvait l'aide aux enfants victimes de la guerre en Syrie, avant que les domaines de travail de l'équipe ne s'étendent pour inclure divers secteurs humanitaires en diffusant systématiquement les politiques de genre en interne.
Pour le soutenir dans son projet, Annie, Bernard et Didier ont monté sur Clermont-Ferrand, une association qui porte le même nom : Théâtre AL-HARA. Celle-ci a pour but de le soutenir dans ses projets. Mais jusqu’à maintenant, il faut dire que cela est difficile. Des subventions devaient arriver, mais les bouleversements en Syrie sont venus mettre à mal cette manne.
Mais Walid tient bon et son âme d’artiste lui donne des ailes et du courage. Le 20 juin prochain, les Nations unies célèbreront la Journée mondiale des réfugiés. Forum réfugiés organise à cette occasion, le mercredi 18 juin 2025 avec la Ville de Clermont-Ferrand, et de nombreux partenaires, la Marche des parapluies (le parapluie symbolise la protection), un événement fort et symbolique de solidarité avec les réfugiés.
Dans le cadre de cette journée mondiale des réfugiés, il proposera, dans l’après-midi, un spectacle de marionnette. Le 20 juin, il sera à Lyon.
La marionnette du spectacle dit avoir 70 ans alors que Walid a seulement une trentaine d’année. Pourquoi 70 ans ? « Si on vous demande pourquoi, vous répondrez que la marionnette parle au nom de la poupée qui m’accompagnait pendant la guerre et sur le chemin de mon exil. »
Voici le texte de son spectacle :

À 70 ans, j’aurais dû siroter un thé en regardant les pigeons. Mais non. La vie a décidé : "Tu vas courir, mon vieux ! Et tu vas transpirer avec des papiers entre les dents !"
Je suis devenu réfugié à soixante balais. Quand d’autres achètent un fauteuil massant, moi j’ai pris un sac et j’ai fui la guerre. La Syrie…
Le pays du théâtre silencieux. Pas parce qu’on aimait le silence… mais parce qu’on n'avait pas le droit de parler.
Quand les bombes t’apprennent à improviser…
Tu apprends vite que le théâtre, ce n’est pas une scène… C’est une tente, trois enfants, et une chaussette trouée que tu fais parler.
J’ai fait mes premiers spectacles dans des camps.
Froid glacial. Chaleur insupportable. Boue jusqu’aux genoux. Mais un enfant qui rit ? Ça chauffe le cœur mieux qu’un radiateur canadien.
J’ai fui… à pied, en bus, en silence. Je suis arrivé en Turquie. J’ai bossé, transpiré, animé des spectacles… Mais toujours avec cette phrase dans l’air : "Vous pouvez être expulsé demain." Comme si j’étais un colis mal livré.
Mais je n’étais pas un colis. J’étais un artiste. Un vieux monsieur avec une boîte pleine d’histoires.
Alors j’ai pris la route vers la France. Le pays de la liberté ! Et de… la paperasse. Visa, carte de séjour, rendez-vous, file d’attente, justificatif de pauvreté émotionnelle…
"Pourquoi la France ?" "Parce que c’était la seule ambassade qui ne m’a pas fermé la porte au nez !"
Mais ici… j’ai trouvé des oreilles. Pas parfait. Pas facile. Mais j’ai fondé ma petite asso : Al Hara Théâtre. Pourquoi ce nom ? Parce que c’est dans la hara – la ruelle, le quartier – que naît le vrai théâtre.
J’ai animé des ateliers pour enfants : réfugiés, français, tous mélangés. Et là… j’ai compris : L’enfant ne demande pas "T’es d’où ?", il demande "Elle va mourir, la marionnette ?"

Je dis : “Non, elle va faire un slam !” Mais la liberté, mes amis… elle coûte. Et pas qu’en impôts. La bureaucratie… Écrire un projet ? Il faut la patience d’un moine tibétain.
Le soutien financier ? C’est comme un mirage… sauf que t’as soif pour de vrai. Mais je continue. J’apprends. J’écris.
Je rêve de créer des espaces… pour que les enfants – tous les enfants – puissent crier, pleurer, rire… en sécurité.
Je ne suis pas juste un réfugié. Je suis une voix. Un théâtre ambulant. Un homme qui transforme une chaussette en poésie. Et en cette Journée Mondiale du Réfugié…
Je ne demande pas la pitié. Je demande qu’on regarde. Qu’on écoute. Parce que même une marionnette peut réveiller des consciences.
On m’a dit : “Il faut s’intégrer.” J’ai répondu : “M’intégrer à quoi ?” Ils m’ont dit : “À la société.” J’ai dit : “Je suis une marionnette, pas du savon à vaisselle !”
J’ai commencé le français. Première phrase qu’on m’a apprise : « Je suis réfugié. »
Waouh ! On commence fort, hein ? Ce n’est pas une phrase, c’est une étiquette !
Madame m’a dit : “Courage monsieur… faut parler avec les Français.”
Et moi : “Ils sont où ? Sous la table ? Derrière le bureau de poste ?!”
Les Français sont gentils… Mais quand tu leur parles, ils répondent un mot… et ils fuient ! Comme des pigeons… en trench coat.
L’intégration, c’est beau. Mais ça demande du temps. Et du transport. Et un rendez-vous. Le rendez-vous ? Tu reçois un mail : “Votre rendez-vous est dans 4 mois.”
J’ai même oublié pourquoi j’ai demandé !
Si t’arrives 5 minutes en avance ? “Désolé, votre dossier est perdu.”
Si t’arrives 1 minute en retard ? “Recommencez depuis le début.” Depuis le début ? Depuis le premier missile ?!
Mais vous savez quoi ? Moi j’aime apprendre. C’est le seul truc qu’on ne peut pas te voler aux frontières. Chaque mot appris, c’est une arme. Pas une arme pour tuer… Une arme pour exister. Pour parler. Pour comprendre. Pour aimer. Pour se défendre.
Et même si tu maîtrises le mot “rendez-vous” en 7 langues… Ça ne veut pas dire que tu vas en avoir un !
Aujourd’hui j’apprends… Je me porte volontaire… J’aide des enfants réfugiés… et français aussi.
Parce que l’intégration ? Ce n’est pas disparaître. C’est ajouter une nouvelle saveur au plat… Pas se faire brûler dedans !

Bref… Intégration + Éducation – Bureaucratie = vie vivable. Mais si t’as les trois en même temps ? Prépare un miracle… Ou un rendez-vous dans un an !
Apprenons, intégrons-nous et faisons partie de ce pays qui respecte l'humanité. Et pour finir, je vous dis un grand merci pour cette présence et je vous souhaite une bonne journée.
